L'ACTEUR
 

"C'est le premier cinéaste que j'ai jamais rencontré, c'était l'été 1947, j'avais 16 ou 17 ans. Je roulais dans une vieille Ford de 39, je tuais le temps en jouant du piano et en courant les filles. " (positif n°380, octobre 82)...Voila comment Clint décrit sa première rencontre avec le réalisateur de "Rio Bravo", Howard Hawks qu'il n'avait pas reconnu. Il ne le savait pas encore mais son destin venait de lui faire signe.
      Clint Eastwood se destinait à la musique. Fou de Jazz, il jouait du piano alors que ses petits camarades jouaient au foot. Timide et réservé, il préférait les disques de Jazz de sa mère plutôt que la pièce de théâtre qu'il avait joué à l'école. Plus tard, vers 1951, le destin lui envoie un autre signe. Alors qu'il est instructeur de natation en charge de la piscine à Fort Ord pendant son service militaire, il rencontre de jeunes acteurs débutants venus servir leur patrie. Il devient ami avec David Janssen (série TV "le fugitif") ou encore Martin Milner ("règlement de compte à OK-Corral"_1957_John Sturges). Ils sont les premiers à lui parler du métier d'acteur en lui expliquant que les studios cherchaient de nouveaux talents à former, et ce, pour un bon salaire. A la fin de son service, il pousse donc la porte des studios Universal et obtient un contrat le 1er mai 54. Il touchera 75$ / semaine pendant 20 semaines, plus 25$ / semaine en cas de tournage. C'est à cette période qu'il rencontre Arthur Lubin qui lui servira d'agent et qui lui offrira sa première figuration dans "Francis joins the Wacs" (Arthur Lubin_1954). Dans un même temps, il intègre The Universal Talent School où ses camarades sont Mara Corday ("Sudden Impact"_1983_Eastwood), David Janssen, John Saxon ("Joe Kidd"_1972_John Sturges) ou encore Brett Halsey ("Le parrain III"_F.F.Coppola_1990). Il y apprend entre autre à parler, à jouer, à se déplacer, à exercer sa mémoire, à faire des cascades et à monter à cheval. Il commencera sa carrière en faisant de la figuration, physique ou vocale. En mai 54 il participe à "Bengal Brigade" (László Benedek), puis "A sign of the Pagan"(Douglas Sirk) en juin, "A smoke signal"(Jerry Hopper) en août et "Abbott et Costello meet the keystone cops"(Charles Lamont) en septembre. Viendront entre temps "La revanche de la créature"(Jack Arnold) en juillet et "Lady Godiva"(Arthur Lubin) en septembre, où il a quelques répliques, et qui figureront sur sa filmo officielle. Le temps ne lui manquant pas, il profite de son contrat avec Universal pour roder autour des plateaux [...]" et regarder les gens tourner". Suivront "Francis in the Navy" (Arthur Lubin) en mars 55, "Never say Goodbye" (Jerry Hopper) en mai et "Away all boats"(Joseph Pevney) en juin. Plus tard il joue en compagnie de Grant William ("Away all boats"_1955) et Rex Reason ("Smoke Signal"_1955) un extrait de "Bright Victory" de Mark Robson datant de 1951, puis continue la figuration dans des films de série B (spécialités d'Universal à l' époque!) qui ne seront pas portés à sa filmo officielle. "Pillars of the sky" (George Marshal_1956), "The purple mask" (H. Bruce Humberstone_1955), "To hell and back" (Jesse Hibbs_1955), "The square jungle" (Jerry Hopper_1955), "Backlash" (John Sturges_1956), "Ain't misbehavin" (Edward Buzzell_1955), "The spoilers" (Jesse Hibbs_1955), et "The Benny Goodman Story" (Valentines Davies_1955). Puis Clint apprend que son contrat Universal ne sera finalement pas renouvelé et cherche un autre studio. Il fera un essai à la Fox, sans résultat avec un extrait de "Detective Story" de William Wyler tourné en 1951 avec Kirk Douglas.
      Au milieu des années 50, les séries TV sont à la mode. On voit apparaître "Bonenza" ou encore "Au nom de la loi".Clint suit le mouvement et tourne "Cochise greatest of the apaches", un épisode de la série Readers digest, puis "Motorcycle" de "Highway patrol". Mais les temps sont durs, il retourne à la construction de piscines et effectue un test à la RKO avec un extrait du film de Joshua Logan "Picnic" avec William Holden et tourne deux pubs pour Greyhound et American Dairy Association. Et le 8 décembre 56, il est dans "The last letter" de "Death Valley Days", série tv de 1952 à 1975 où jouaient notamment Ronald Reagan ou Stanley Andrews ("Star in the dust"_56). Suivront "The West point story" sur ABC, "The Charles Avery Story" de "Wagon train", "The lonely watch" de "Navy Log" et "Duel at Sundown" de "Maverick" avec James Gardner, son comparse de "Space Cowboys" (Eastwood_2000). Tout en participant à ces séries TV il tournera entre autres "La VRP de choc" (Arthur Lubin_1956), ou "Ambush at Cimarron Pass" (Jodie Copeland_1958) "le plus mauvais film jamais tourné" mais qui le sortis des piscines. Arrive alors un évènement majeur dans sa carrière . Il obtient le second rôle d'une nouvelle série, "Rawhide" qui le propulsera au rang de star en 217 épisodes et 8 saisons. C'est là qu'il apprendra le plus de choses sur le métier d'acteur et sur les techniques de tournage. Un chapitre complet du site est d'ailleurs consacré à "Rawhide". Devenant un acteur connu, il apparaîtra aussi en 1962 sur CBS dans "Stump the stars" et sera la vedette de la série "Mr Ed" dans l'épisode "Clint Eastwood meets Mr Ed".
      Puis en 1964, Clint se voit proposer le 1er rôle du western Italien "Pour une poignée de dollars" (Sergio Leone_1964). Ce film, ainsi que ses deux suites "Pour quelques dollars de plus" (Sergio Leone_1965) et "Le bon, la brute et le truand" (Sergio Leone_1966) propulseront définitivement Eastwood au rang de star et feront de lui une valeur sûre du cinéma américain. Les presque 10 années de vaches maigres et petites figurations étaient terminées. Il pouvait dorénavant se permettre de refuser des scripts et entrait sans le savoir dans ce qui allait devenir quelques 40 ans plus tard une des plus fameuses carrières du cinéma . Star en Italie après la trilogie Léone et "Les sorcières" (Vittorio DeSica_1967) (tourné avant "Le bon, la brute...") il devient star aux USA. Du coup, les projets et tournages affluent, "Pendez-les haut et court" (Ted Post) en juin 67, puis "Un shérif à New York" (Don Siegel) entre novembre et décembre, suivis de "Quand les aigles attaquent" (Brian G. Hutton) de Janvier à mai 68 en Yougoslavie, et "La kermesse de l'ouest" (Joshua Logan) pendant l'été qui s'éternisera jusqu'à l'automne 68.
      Sur le tournage d' "Un shérif à New York", il se lie d'amitié avec le réalisateur Don Siegel ("Dirty Harry") qui deviendra son mentor. Leur amitié donnera naissance à 7 collaborations. 5 films de Siegel avec Eastwood acteur, et 2 films de Eastwood avec Siegel acteur (dont le making off de "les proies" réalisé par Clint!). Il rendra d'ailleurs hommage au réalisateur disparu en 91, en 93 en recevant ses quatre oscars pour "Impitoyable". Puis en 69 il tourne "Sierra Torride" (Siegel) et "De l'or pour les braves" (Brian G. Hutton) avant de se mettre en scène dans "Un frisson dans la nuit" (Eastwood_1971) et de tourner "Les proies" (Siegel). En 1971, Clint Eastwood est Harry Callahan dans "L'inspecteur Harry" de Don Siegel. Le film lui vaut de sévères critiques et il est attaqué de toutes part par les associations anti-racistes, pro féministes, chrétiennes, ce film fera de lui une superstar... . Il enchaîne avec deux westerns, "Joe Kidd" (John Sturges) en 72 et "L'homme des hautes plaines" (Eastwood) en 73. Grâce au succès de "L'inspecteur Harry", il tourne la suite "Magnum Force" (Ted Post) puis continue dans l'action en jouant dans le premier film de Michael Cimino ("Voyage au bout de l 'enfer"_1978) "Le canardeur" en compagnie de Jeff Bridges. L' année 1974, Clint Eastwood est l'acteur n°1 des exploitants Américains. Il tourne le film d'espionnage "La sanction" (Eastwood) en 75 sur la montagne de l'Eiger dans les alpes Suisse, et incarne le Hors la loi "Josey Wales" (Eastwood) dans le western du même nom l'année suivante. Installé dans les étoiles depuis plus de 10 ans, il tourne à 46 ans Harry n°3 "L'inspecteur Harry ne renonce jamais" (James Fargo) puis le film d'action "L'épreuve de force" (Eastwood) en 77. Suivent les comédies burlesques "Doux, dur et dingue" (James Fargo) en 78 et sa suite en 81 "Ca va cogner" (Buddy van Horn), le huis clos "L'évadé d'Alcatraz" (Don Siegel), et mélange western et comédie dramatique dans "Bronco Billy" (Eastwood) en 80. Il sera pilote d'avion dans le film d'espionnage "Firefox" (Eastwood) et chanteur country mourant dans "HonkyTonk man" (Eastwood) en 82 aux côtés de son fils Kyle. Pour ses 53 ans il redevient pour la 4ème fois Harry Callahan dans "Le retour de l'inspecteur Harry" (Eastwood), campe un flic sado-maso dans "La corde raide" (Richard Tuggle) avec sa fille Alison et joue aux côtés de son ami Burt Reynolds dans le trop décevant "Haut les flingues" (Richard Benjamin) en 84. L'année suivante il revient au western avec le sombre et palpitant "Pale rider" (Eastwood) qui lui vaut les honneurs du festival de Cannes, avant de jouer dans "Le maître de guerre" (Eastwood) pendant son mandat de maire de Carmel. Retour aux sources en 88 avec le 5ème et dernier Harry Callahan, "Harry est la dernière cible"(Buddy van horn) avec Jim Carrey et Liam Neeson. Il est ensuite chasseur de primes dans le presque ridicule "Pink Cadillac" (Buddy van Horn).
      On en arrive à 1990, où Clint tourne un de ses films les plus personnel, "Chasseur blanc, coeur noir" (Eastwood) où il interprète officieusement le réalisateur John Huston sur le tournage de "The African Queen" en 1951, en Afrique, qui préférait chasser l'éléphant à la direction d'Humphrey Bogart et Katharine Hepburn. Il retourne au film d'action en 91 avec "La relève" (Eastwood) afin de préparer pour l'année suivante son rôle de Will Munny dans le très oscarisé "Impitoyable" (Eastwood). L'année 93 sera la consécration pour Clint avec sa nomination à l'Oscar du meilleur acteur, même s'il est d'avantage récompensé en tant que réalisateur. Il est désormais entré au panthéon des stars de cinéma. A 63 ans, il fait une excellente interprétation de ce mercenaire retraité. Il enchaîne avec le haletant face à face Eastwood/Malkovitch "Dans la ligne de mire" (Wolfgang Petersen) et pourchasse Kevin Kostner évadé de prison (le rôle de sa vie!!) dans le très poétiquement terrifiant "Un monde parfait" (Eastwood) en 93. En 1995, virement de bord, il campe un amoureux éperdu dans "Sur la route de Madison" (Eastwood) et nous fait sortir les Kleenex™. Il est salué par le public, mais aussi et surtout par la critique qui lui reconnaît enfin un grand talent, n'ayant probablement pas compris son jeu jusqu'ici. Il célèbre aussi les 100 ans du cinéma en acceptant de jouer son propre rôle pendant quelques minutes dans "Les cents et une nuit" d'Agnès Varda et participe à la série en 10 épisodes "American Cinéma" sur PBS. Puis, à la surprise générale, les enfants le verront 3 secondes dans le "Casper" de Brad Silberling. Il est ensuite un vieux cambrioleur bourreau du président des USA dans le thriller "Les pleins pouvoirs" (Eastwood) avec ses deux filles Kimber et Alison et tourne "Jugé coupable" (Eastwood) en 99, véritable dénonciation de la peine de mort. Il tourne ensuite "Space Cowboys" (Eastwood) en 2000 où en papy cosmonaute il retrouve ses amis Donald Sutherland ("De l'or pour les braves" en 1970), James Garner (la série TV "Maverick") pour une sortie dans l'espace. En 2002, toujours aussi actif, il joue dans "Créance de sang" (Eastwood) thriller efficace, en interprétant une sorte de vieil inspecteur Harry, malade, transplanté du coeur, retraité traquant un serial killer.
      Ne songeant toujours pas à la retraite (heureusement pour nous!) il se prépare à jouer en 2005 dans sa prochaine réalisation "Rope Burns " aux côtés de Morgan Freeman ("Impitoyable") et Hilary Swank. Il campera un ancien boxeur, devenu entraîneur qui vivra un amour platonique avec une femme handicapée revant de devenir boxeuse...

Les dates des films cités peuvent être différentes des dates de la filmographie officielle de Clint suivant s'il s'agit des dates de tournage ou des dates de sortie des films.

 

HarryCed présente CLINT EASTWOOD L'homme sans nom. 2000-2004